Quand James Bond fait réfléchir….

Ce qu’il y a de merveilleux dans le monde de la réflexion c’est son infinie complexité qui n’a d’égal que l’infinité des possibilités qui ouvrent ou font évoluer une réflexion.
Ce matin c’est mon édito quotidien de Philosophie Magazine que je reçois tous les jours dans ma boite mail qui a été l’élément déclencheur qui finalement a conduit à ce texte.
Au début, un constat d’observation, la base pour toutes celles et ceux qui cherchent à mieux comprendre le monde qui les entoure, ce monde dans lequel nous vivons, bon gré mal gré…
Une observation d’un quartier de Paris que je connais bien pour plusieurs raisons : Pigalle.
Haut lieux du sexe à la française, enfin, pour les guides touristiques uniquement, car dans la réalité…
Cet endroit qui concentre de mon point de vue avec Barbes et la Gare du Nord le plus grand nombre d’exemples de la déchéance d’une société qui s’enfonce dans les sables mouvants de sa propre incapacité à se comprendre et à vouloir réagir.
Je l’ai parcouru souvent car paradoxalement, au cœur de ce temple du sexe pour les pigeons il y a une grande concentration de magasins de musique.
Alors, pour aller voir une nouvelle basse, du matériel de studio, acheter une partition, rencontrer d’autres musiciens, nous passons entre les sex-shops et les bars à entraineuses, parfois devant l’une des rares prostituées qui arpentent presque éternellement ces trottoirs étroits, sales, glauques, comme les témoins d’un autre temps qui ne parviennent pas à tourner une page dont l’épilogue a déjà été écrit il y a longtemps.
Et pourtant, comme le dit si bien l’éditorialiste « les bars à hôtesses auraient dû disparaître depuis longtemps. Paradoxalement, leur succès inépuisable et leur résistance à toute épreuve marque peut-être le dernier sursaut du “patriarcat”. Car pour se donner de grands airs et sauver la face, il doit payer – et pas qu’un peu ! »
Oui, la réflexion est on ne peut plus pertinente et d’une grande justesse au sein d’une société qui cherche ses marques entre son passé, son présent et son avenir, entre ses minorités et ses majorités, entre ce que l’on peut considérer comme un héritage culturel à conserver et d’anciennes pratiques d’un autre siècle à abolir…
Etrangement il n’y a pas si longtemps je lisais dans Psychologie Magazine une interview de l’essayiste Mona Chollet en rapport avec son livre « Sorcière : la puissance invaincue des femmes ».
Le point commun ? La notion de patriarcat, un sujet sensible, brûlant même pour notre société.
« Car pour se donner de grands airs et sauver la face, il doit payer – et pas qu’un peu ! »
De fil en aiguille, d’une référence à une autre, nous passons de Platon et de son mythe de la caverne, illustration typique de l’illusion bien amené dans l’idée que notre société aurait besoin d’illusion plus que de vérité, que beaucoup préfèrent retourner dans la confort du mensonge, et là c’est le choix proposé à Néo dans Matrix entre la pilule bleue et la pilule rouge, le choix entre ne pas voir ou entrer dans le monde de la réalité, au risque de le regretter amèrement.
« Il n’y a qu’un seul monde et il est faux, cruel, contradictoire, séduisant et dépourvu de sens. Un monde ainsi constitué est le monde réel. Nous avons besoin de mensonges pour conquérir cette réalité, cette « vérité ». » Friedrich Nietzsche.
Alors, la fin de l’éditorial ne pouvait pas passer à côté de l’événement cinématographique du jour, la sortie du dernier « James Bond ».
Car, si l’on souhaite parler d’une figure typique de l’homme, dans ce qu’il a de plus viril, dans tous les domaines, l’élégance, la force, un caractère indestructible, le tombeur auquel aucune femme ne résiste, James Bond est le candidat parfait.
Et me voici plongé dans un article référencé en fin d’édito dans un article qui nous donne 3 raisons philosophiques d’aller voir James Bond.
L’agent 007 et la philosophie, une rencontre improbable ? Pas tant que cela pour qui aime aller au-delà des apparences, au fond des choses. Car à de très nombreuses reprises je me suis rendu compte que même dans des films, livres, musiques apparemment sans grande « profondeur » en ce sens que l’on considère qu’il existe des films d’auteurs et des blockbusters à grand spectacle, nous pouvons toujours trouver des pistes de réflexions, plus ou moins nombreuses certes, mais pourtant réelles.
Autre coïncidence, ces derniers temps je me suis pris de plaisir à revisionner plusieurs James Bond de ma vidéothèque.
En particulier la série avec Daniel Craig depuis « Casino Royal » jusqu’à « Spectre ».
J’ai toujours aimé comparer les différents « James » au travers des acteurs qui leur ont donné vie.
Et cette comparaison rejoint une problématique fondamentale de la philosophie posée dans l’article, l’opposition entre l’essentialisme et l’existentialisme.
« Penser pouvoir ainsi changer radicalement les qualités du personnage sans perdre complètement son identité, c’est aussi prendre un parti risqué dans un conflit qui divise la philosophie entre essentialistes et existentialistes. »
James Bond en ce sens ressemble fort à un autre personnage mythique né de la littérature mais qui a transcendé rapidement cet état pour en devenir une légende et une référence dans son monde : « Sherlock Holmes ».
Là où James Bond incarne un être supérieur, en force, physique et psychologique, capable d’affronter toutes les situations et de sauver le monde à chaque épisode, Sherlock Holmes lui incarne un être intellectuellement supérieur, capable de mettre en échec les pires criminels par la seule force de son esprit. Dans ce même domaine nous pourrions citer « Hercule Poirot » d’Agatha Christie.
Autant de personnages nés de l’imagination d’auteurs et qui ont fini par transcender leur condition pour devenir une référence pour des enquêteurs, des agents secrets de terrain et exister au travers de celles et ceux qui les incarnent dans la vie réelle. Une approche purement essentialiste, nous sommes avant d’exister et nos actions ne concourent qu’à concrétiser notre existence, avec plus ou moins de succès. Tous les agents secrets de terrain ne sont pas James Bond, et tous les enquêteurs ne sont pas Sherlock Holmes ou Hercule Poirot.
Mais d’un autre côté, le matricule 007 peut aussi être considéré du point de vue existentialiste.
Dans le nouveau James Bond, 007 est incarné par une femme.
D’où cette réflexion de l’auteur de l’article :
« Mais que deviendra-t-il, ce héros gorgé de viriline sans certains de ses attributs anachroniques : l’élégance, le flegme, le machisme ? Parmi ces qualités, lesquelles sont essentielles et lesquelles sont accidentelles ? »
Dans une vision existentialiste n’importe qui pourrait, par ses actes devenir James Bond, Sherlock Holmes ou Hercule Poirot, entrer dans ces personnages de légende, devenir des incarnations personnelles, subjectives de ces légendes.
Un James Bond femme ou homme resterait donc un James Bond, avec ses propres caractéristiques, son propre personnage.
C’est déjà ce qui se dessine lorsque je compare les interprétations de Daniel Craig, Pierce Brosman, Roger Moore ou Sean Connery.
Et là l’auteur de l’article nous emmène sur le terrain de mon philosophe préféré : Friedich Nietzsche.
« La fonction de l’homme est de vivre, non d’exister. Je ne gâcherai pas mes jours à tenter de prolonger ma vie, je veux brûler tout mon temps » Phrase attribuée à Jack London.
Pour Nietzsche la vie est un dépassement permanent de toutes les limites, que l’on se réfère au concept du surhomme dans Zarathoustra :
« Tu dois devenir l’homme que tu es. Fais ce que toi seul peux faire. Deviens sans cesse celui que tu es, sois le maître et le sculpteur de toi-même. »
Ou dans sa manière d’aborder le sens de la vie :
« d’une santé que non seulement on possède mais qu’il faut aussi conquérir sans cesse, puisque sans cesse il faut la sacrifier ! »
Alors, notre vie ne serait-elle qu’une grande mise en scène ? L’interprétation d’un scénario qui a été écrit pour nous bien avant notre naissance comme cela est intégré dans les croyances des peuples nordiques et au sein duquel, comme n’importe quel acteur, nous pouvons avec plus ou moins de talent interpréter, adapter notre personnage au fil de ce scénario qui se dévoile à nous à chaque instant.
Nous n’avons pas le temps de nous préparer, tout n’est qu’improvisation.
Chaque instant se découvre, et si nous pouvons en deviner la majorité, rien ne nous dit que c’est ainsi que les choses se réaliseront.
« Deviens ce que tu es » pour continuer avec Nietzsche.
Peut-être que cela résume tout le sens de notre vie, de nos vies.
Que nous décidions de choisir la pilule bleue ou la rouge de Matrix, nous cherchons à vivre, à devenir, à exister. Nous appelons cela notre quête du bonheur, réussir notre vie, accomplir notre destin… autant de formules qui ne sont que de simples points de vue, nos points de vue, nos vérités, celles auxquelles nous avons besoin de nous accrocher pour pouvoir exister.
Que nous soyons la réalisation d’une essence ou que nous existions au travers de ce que nous construisons au jour le jour, nous avons ce besoin d’exister, car sans existence que nous reste-t-il si ce n’est la mort et le néant ?
La psychologie et la philosophie parlent dans le fond de la même chose, chacune avec son langage, sa compréhension.
Pour beaucoup de psychologue Nietzsche était fou, pour de nombreux philosophes Freud était obsédé par l’omniprésence du sexe et de la libido au point d’en oublier que l’être humain ne se résume pas à sa seule fonction reproductive.
Et moi dans tout cela ? Moi qui depuis une heure écris au fil de mes pensées, va chercher des références, utilise des idées, suit des chemins via les portes ouvertes par d’autres avant de rencontrer mes propres portes. Que suis-je dans tout cela ?
Quelqu’un qui pense trop et qui se perd dans tant de conjectures et interrogations qu’il n’en trouve jamais le fond au risque de finir par une aporie, une impasse.
« Je pense donc je suis ». Je pourrais tout simplement me contenter de cette conclusion et prudemment éviter de plonger dans le cheminement du doute méthodique cartésien qui m’emmènerait encore plus loin mais probablement pas à sa validation.
Au travers de mes lectures, de ces réflexions qui j’aime poser sur le papier ou dans mes fichiers je ne suis qu’un esprit perdu dans une quête qui me dépasse. Pas assez intelligent pour pouvoir la maitriser, mais trop pour pouvoir fermer les yeux dessus et me voici plongé dans les limbes de mon esprit, de mon histoire, à la recherche d’une route que je ne trouverai peut-être jamais comme un certain David Vincent, en espérant qu’à la différence de lui je ne tomberai pas sur l’arrivée des extraterrestres sur terre.
Perdu dans mes propres contradictions, au cœur d’une société où je ne me reconnais pas, où je ne me retrouve pas, dont je n’ai pas les codes ni les bonnes pratiques.
Lorsque l’on erre dans le noir il faut parfois s’inventer sa propre lumière, son propre chez-soi à défaut de trouver celui qui nous convient.
C’est peut-être cela construire sa vie ?
Lorsque je regarde James Bond je vois tout aussi bien de magnifiques scènes d’action dont j’imagine la complexité et le talent qu’il faut pour les réaliser, qu’un personnage dont les stéréotypes me font sourire même si j’aimerais pouvoir avoir un tel pouvoir de séduction, qu’un personnage bien plus profond qu’il n’y parait, confronté à une face du monde qui, comme le dit si bien M dans « Skyfall » n’est pas celui que nous voyons. Oui, il y a un monde que nous ne voyons pas mais que d’autres voient, et nous en revenons à la pilule bleue et la pilule rouge.
Voilà, j’ai écrit, et je cherche encore, encore et toujours, et ce n’est certainement pas prêt de prendre fin…
Sources :







