Des mots, et des urnes vides…

Des mots et des urnes vides….

Elections législatives France 2024.

Voilà, nous venons de traverser d’une manière assez transparente un nouvel épisode électoral.

Tout au long de ces semaines, tout particulièrement celle de l’entre-deux tours, les candidats, chroniqueurs, spécialistes se sont succédés sur les plateaux TV.

Une belle palette éclectique de sensibilités et de bords politiques qui aurait pu laisser augurer des débats intéressants, mais à l’image du bilan de ces élections, sur le terrain des idées, c’est de toute évidence l’abstention et le vide qui ont prédominés tout autant que dans les urnes.

Effet de conséquence ? Incidence ou coïncidence ?

Difficile d’y voir un effet isolé, et comme je l’entends beaucoup depuis ce matin, une conséquence directe de la crise COVID que nous venons de traverser.

Si beaucoup d’intervenants reconnaissent sans problème que la grande gagnante de ces élections, comme de bien d’autres avant elles est bien évidemment l’abstention, je n’ai pas l’impression que leurs discours traduisent une vraie prise en compte et compréhension de leurs propres affirmations.

J’ai encore la naïveté de croire que lorsque l’on se présente aux français pour leur demander d’être mis démocratiquement à un poste à responsabilité, on le fait en leur apportant des propositions concrètes pour appuyer, argumenter et légitimer cette demande.

Tous les candidats vous diront que c’est très exactement ce qu’ils font.

Alors, peut-être ai-je quelques soucis de compréhension en ce qui concerne la rhétorique politique, plus connue aussi sous le nom de « langue de bois » , mais lorsque au bout de 10 mn d’une interview d’un candidat tout ce que j’ai pu entendre en boucle c’est « je suis là pour faire barrage au RN », « ce ne sont pas mes idées et je les combattrai », « je veux rassembler les français contre la menace des extrémismes » j’avoue rester totalement sur ma faim ou fin, c’est selon le niveau d’interprétation.

Lorsque l’on écoute un candidat s’exprimer avant une élection, c’est avant tout pour se faire une idée de ce qui pourrait nous donner envie de voter pour lui.

Personnellement, cette idée je me la fait bien plus facilement lorsque j’ai une vision claire et précise de ce que ce candidat compte faire au poste qu’il brigue et qui pourrait m’intéresser que lorsque l’on me répète en boucle comme un message subliminal que je dois voter pour lui pour qu’un autre candidat ne soit pas élu.

Le vote reste quand même une liberté chèrement acquise et surtout une liberté individuelle totale et j’avoue avoir de plus en plus de mal avec ce discours qui a envahi tous les débats et qui ne consiste qu’à stigmatiser les français quant aux choix de vote qu’ils font ou pourraient faire.

Quand le débat d’idée a-t-il cessé d’exister ? Certainement depuis longtemps.

De nos jours on combat l’idéologie par une autre idéologie, on s’érige en rempart contre les extrêmes et le totalitarisme en usant et abusant d’une autre forme d’extrémisme totalitaire qui semble être autorisé car « politiquement » correct, mais quid des idées pour en contrer une autre ? quid des passes d’armes intellectuelles qui permettent aux spectateurs de se faire une idée sur celui qui sait le mieux défendre ses idées et en proposer des plus attrayantes ?

Il est assez dôle de voir tous ces grands et beaux parleurs dans leurs beaux costumes admettre avec une certaine gravité que l’abstention record est un véritable problème, tout en se félicitant pour certains de leur éclatante victoire et de la confiance que le peuple leur a accordée…

En parlant de confiance, faisons une petite parenthèse mathématique…

Prenons un échantillon de 250 000 personnes.

Maintenant calculons le nombre de votants avec une abstention de 66 % :

250 000 – (250 000 * 0,66) = 85 000.

Maintenant, prenons un score de 52 % sur le nombre de votants :

85000 * 0,52 = 44200

La variation ramenée à un pourcentage montre qu’un vainqueur à 52 % des voix avec une abstention à 66 % a été en réalité élu par environ 18 % des électeurs inscrits.

La première réaction serait de dire, comme cela a été évoqué ces dernières semaines, que cette élection n’est pas légitime.

Mais sur ce point je suis plutôt très réservé, car en l’état actuel de nos lois, du code électoral et de notre fonctionnement démocratique, rien n’indique qu’il faille un taux minimum de participation à une élection pour que celle-ci soit valide.

Donc, d’un point de vue purement législatif et démocratique, cet argument ne tient pas.

Ce qui n’est pas le cas d’un point de vue éthique et moral.

Comment peut-on annoncer avec un tel aplomb que l’on a gagné la confiance de français, et pour certains enchainer directement avec leurs ambitions nationales alors que l’on ne peut se targuer que de 18 % de soutien exprimés de son électorat ?

Et une fois de plus les explications des uns et des autres se perdent dans des conjectures qui ont un air de réchauffé pour la centième fois entre nos chers politiciens bien suivis par les médias qui dans le fond ont plus besoin de sujets clivants et vieilles recettes à audimat que de vrais sujets et débats de fonds qui risqueraient de les mettre face à la vacuité de leurs propres idées et analyses sur des sujets pour lesquels ils s’érigent en spécialistes.

Pour en revenir à mon propos initial, lorsque dans une interview de 15 minutes, j’entend plus d’une vingtaine de fois parler d’un parti politique « ennemi » qui doit être absolument combattu mais qu’en revanche je n’ai aucune idée de ce que l’on me propose comme solutions et propositions concrètes pour ne pas avoir envie de m’intéresser à ce fameux parti je me dis qu’il est un peu osé, voire franchement déplacé de venir ensuite se poser avec une mine grave et condescendante la question du pourquoi des 66 % d’abstention ?

Depuis des dizaines d’années maintenant, l’essentiel de l’offre politique est tourné vers ce que les Français ne doivent pas voter, vers une stratégie de rejet et non pas d’adhésion, largement argumentée par ce fameux « front républicain », terme qui soit dit en passant a autant de signification que de parler philosophie avec une huitre et qui en lui-même est une insulte aux concepts et fondements mêmes de notre système démocratique (mais c’est un autre débat).

Mais pas à un seul instant les discours n’apportent ne serait qu’une once d’intérêt pour un projet, des propositions, pas des promesses que l’on sait désormais qu’elles ne seront pas tenues, tout simplement parce que l’on ne peut pas tenir et appliquer une promesse qui ne contient tout simplement rien, on ne cesse de nous répéter ce que nous ne devons pas faire mais à aucun moment on nous offre une alternative qui puisse nous permettre de faire un vrai choix, démocratique, éclairé et d’adhésion.

Alors effectivement, quoi de plus normal que le seul choix d’adhésion qui est désormais celui de la majorité des Français soit de ne plus adhérer, ou alors d’adhérer au seul parti qui a la majorité absolue depuis des années en France : l’abstention…

C’est un bien triste constat, alors que l’on nous cesse de nous parler de valeurs démocratiques, de libertés, de lutte contre les discriminations, contre la violence, contre les extrémismes que de se dire que l’un des principaux remparts à tous ces maux de notre société, celui qui a été gagné et construit bien souvent dans le sang, celui qui est le fondement de notre démocratie, notre droit à voter, à nous exprimer par la voie des urnes n’est désormais plus qu’un simple voile de fumée, un fantôme qui a fini par s’effacer sous les coups répétés d’une classe politique qui ne sait plus rien apporter que le spectacle lamentable de sa soif de pouvoir, de ses promesses vides, de ses discours tout aussi vides et démagogiques et qui années après années, mandats après mandats, n’apporte aucune solution à aucun problème, juste des explications pour dire « ce n’est pas notre faute, c’est la faute de nos prédécesseurs, c’est la faute à la crise, et maintenant, c’est la faute au COVID ».

En 1933 le peuple Allemand a porté au pouvoir Adolf Hitler d’une manière totalement démocratique.

Ignoraient-ils la nature de cet homme, de ses idées, de son parti ? Pour beaucoup c’est probable, mais ce n’est pas aussi évident que cela.

Ce qui est sûr, c’est que lorsque l’on est plus capable de donner envie aux gens de choisir une autre voie autrement qu’en le leur imposant, ils finissent toujours par choisir une voie encore pire.

Et les réactions que j’entends sur les plateaux TV depuis ce matin ne me laissent que bien peu d’espoir quant au fait que la moindre leçon ait été tirée de ce nouveau scrutin.

« Ainsi meurent la liberté et la démocratie. Sous un tonnerre d’applaudissements ». Padmé Amidala dans Star Wars Episode 3.