{"id":40,"date":"2024-04-23T12:19:02","date_gmt":"2024-04-23T10:19:02","guid":{"rendered":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/?p=40"},"modified":"2024-04-23T12:19:38","modified_gmt":"2024-04-23T10:19:38","slug":"voyage-au-bout-de-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/voyage-au-bout-de-la-nuit\/","title":{"rendered":"Voyage au bout de la nuit"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"209\" height=\"350\" src=\"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/voyage-au-bout-de-la-nuit.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-41\" srcset=\"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/voyage-au-bout-de-la-nuit.webp 209w, https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-content\/uploads\/2024\/04\/voyage-au-bout-de-la-nuit-179x300.webp 179w\" sizes=\"auto, (max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Voyage au bout de la nuit<\/em>&nbsp;est le premier roman de Louis-Ferdinand C\u00e9line. Il est publi\u00e9 en 1932 en France. Il manque de peu de remporter le prix Goncourt mais glane le prix Renaudot.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019histoire est largement inspir\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience personnelle de C\u00e9line (de son vrai nom Destouches) lors de la Premi\u00e8re Guerre mondiale qu\u2019il a v\u00e9cue. Il la d\u00e9peint \u00e0 travers les yeux d\u2019un narrateur s\u2019exprimant \u00e0 la premi\u00e8re personne, Ferdinand Bardamu (il reprend donc un de ses pr\u00e9noms), sous l\u2019apparence d\u2019un\u00ab&nbsp;abattoir international en folie&nbsp;\u00bb, afin de mieux d\u00e9crire son absurdit\u00e9. Le r\u00e9cit pr\u00e9sente \u00e9galement la seule mani\u00e8re que l\u2019\u00e9crivain estime possible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette guerre&nbsp;: la l\u00e2chet\u00e9. Il rejette donc toute id\u00e9e d\u2019h\u00e9ro\u00efsme et pr\u00e9f\u00e8re repr\u00e9senter la guerre par la mise en \u00e9vidence de la pourriture humaine, qu\u2019il compare avec un gant qui serait retourn\u00e9 et donc d\u00e9voil\u00e9 de l\u2019int\u00e9rieur au grand jour. Le narrateur parcourt aussi une partie du monde, allant de l\u2019Afrique \u00e0 l\u2019Am\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne d\u00e9bute \u00e0 Paris place Clichy en 1914. On y retrouve le h\u00e9ros(ou plut\u00f4t antih\u00e9ros), Bardamu, jeune homme au caract\u00e8re rebelle. Bardamu est charm\u00e9 par la musique d\u2019une parade militaire, et s\u2019engage dans l\u2019arm\u00e9e de son pays contre les Allemands.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il rejoint le front o\u00f9 il se rend compte de son erreur. Il y d\u00e9couvre l\u2019horreur des combats de la Grande Guerre, ainsi que l\u2019humiliation hi\u00e9rarchique dans des batailles absurdes o\u00f9 se multiplient les morts, ne comprenant pas les raisons qu\u2019il aurait de tirer sur l\u2019ennemi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parmi ses compagnons d\u2019infortune, Bardamu rencontre Robinson avec qui il projette de d\u00e9serter, projet qui tombe \u00e0 l\u2019eau. Rapidement bless\u00e9, il prend mieux conscience de la mort, et il est envoy\u00e9 dans un premier h\u00f4pital puis transf\u00e9r\u00e9 dans un autre \u00e0 Paris. L\u00e0, entour\u00e9 de civils et de personnel soignant, il se rend compte que tout le monde participe \u00e0 cette \u00ab&nbsp;sale guerre&nbsp;\u00bb, ce qui renforce le caract\u00e8re absurde de cette boucherie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sa seule envie est de fuir&nbsp;; il prend conscience qu\u2019il est l\u00e2che, mais que seule la l\u00e2chet\u00e9 peut lui permettre de s\u2019en tirer face au non-sens de la guerre. Inapte \u00e0 retourner au front, il est r\u00e9form\u00e9 et d\u00e9cor\u00e9 d\u2019une m\u00e9daille militaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il rencontre des femmes, comme Lola, une infirmi\u00e8re am\u00e9ricaine, ou Musyne. Puis Bardamu d\u00e9cide de partir pour les colonies en tant que g\u00e9rant de comptoir commercial \u00e0 Fort Gono, \u00e0 bord de l\u2019Amiral Bragueton. Apr\u00e8s celle de la guerre, il est confront\u00e9 \u00e0 l\u2019horreur de l\u2019exploitation coloniale et \u00e0 la brutalit\u00e9 des colons blancs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 Bicobimbo o\u00f9 il s\u2019installe qu\u2019il recroise son compagnon Robinson. Quelque temps apr\u00e8s Bardamu tombe malade, il est atteint de folie. Il quitte donc l\u2019Afrique\u00ab&nbsp;\u00e0 demi-mort&nbsp;\u00bb pour les \u00c9tats-Unis \u00e0 bord d\u2019une gal\u00e8re espagnole. Arriv\u00e9 \u00e0 Ellis Island o\u00f9 est effectu\u00e9 le contr\u00f4le sanitaire des migrants, il n\u2019est pas d\u00e9clar\u00e9 \u00ab&nbsp;sain&nbsp;\u00bb et se retrouve en quarantaine, puis d\u00e9joue ce contr\u00f4le en se faisant passer pour un agent compte-puces.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bardamu erre quelque temps dans New York, pauvre et malade, o\u00f9 il retrouve Lola \u00e0 qui il prend un peu d\u2019argent, avant de partir pour D\u00e9troit, ville industrielle de l\u2019automobile, o\u00f9 il esp\u00e8re travailler chez Ford. Il est embauch\u00e9 mais le travail \u00e0 la cha\u00eene est infernal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est \u00e0 D\u00e9troit qu\u2019il rencontre Molly, jeune prostitu\u00e9e qui tombe amoureuse de lui. Se rendant compte de la difficult\u00e9 du travail \u00e0 l\u2019usine, elle lui fait quitter Ford et l\u2019h\u00e9berge chez elle. Bardamu n\u2019y reste pas longtemps et reprend la route pour d\u00e9couvrir le pays. Puis relativement d\u00e9\u00e7u il rentre \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De retour en France il \u00e9tudie la m\u00e9decine et s\u2019installe comme m\u00e9decin \u00e0 Rancy, une banlieue sale et pauvre. Il continue \u00e0 vivre chichement. Mais pire est l\u2019\u00e9tat de ses patients&nbsp;: entre leur mis\u00e8re mat\u00e9rielle, la mesquinerie de certains ou encore la cupidit\u00e9, il prend conscience de la mis\u00e8re humaine qui est r\u00e9elle, autant en France, en Afrique, qu\u2019aux \u00c9tats-Unis. Bardamu vit tr\u00e8s mal la mort de B\u00e9bert, un petit gar\u00e7on atteint de la typho\u00efde, pour qui il avait de l\u2019affection et qu\u2019il avait tent\u00e9 de sauver en vain, \u00e9chec qui montre les limites du progr\u00e8s de la m\u00e9decine dans laquelle il fondait tant d\u2019espoirs. C\u2019est sa vision de l\u2019homme qui en est affect\u00e9e, mais aussi sa vision de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis il est confront\u00e9 \u00e0 une histoire plus sombre encore. Robinson est de retour, et ce dernier, contre de l\u2019argent, a accept\u00e9 d\u2019assassiner une vieille dame. Les \u00e9poux Henrouille, que Bardamu conna\u00eet bien, pour h\u00e9riter de la m\u00e8re de l\u2019un d\u2019eux, d\u00e9cide de la faire tuer. Robinson accepte la mission et pr\u00e9voit de tuer la vieille dame en faisant exploser une petite bombe. Mais il se blesse au visage et perd la vue. Les Henrouille font appel \u00e0 Bardamu pour faire soigner son ami Robinson, mais aussi la vieille dame, qui doit retourner \u00e0 Toulouse. Robinson l\u2019y accompagne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bardamu quitte la banlieue pour travailler avec une troupe de music-hall o\u00f9 il est figurant. Ses aventures le m\u00e8nent dans le sud de la France, jusqu\u2019\u00e0 Toulouse. Dans l\u2019entourage de la troupe, Bardamu rencontre des prostitu\u00e9es puis retrouve son ami Robinson, toujours souffrant des yeux, avec qui il va vivre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Robinson se fiance avec Madelon alors que Bardamu devient son amant. Robinson finit par achever sa mission et tue la vieille Henrouille en la poussant dans les escaliers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le narrateur retourne \u00e0 Paris o\u00f9 il redevient m\u00e9decin dans un h\u00f4pital psychiatrique et se lie d\u2019amiti\u00e9 avec Baryton, directeur de l\u2019\u00e9tablissement. Mais Baryton va mal et sombre peu \u00e0 peu dans la folie. Il annonce \u00e0 Bardamu sa d\u00e9cision de parcourir le monde dans l\u2019espoir d\u2019aller mieux et laisse la responsabilit\u00e9 de g\u00e9rer son h\u00f4pital au narrateur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tel un leitmotiv dans la vie de Bardamu, Robinson repara\u00eet, enfin gu\u00e9ri des yeux&nbsp;; il ne souffre plus. Alors que Madelon et lui sont fianc\u00e9s, il avoue \u00e0 Bardamu qu\u2019il ne l\u2019aime plus, et qu\u2019il cherche \u00e0 la fuir, car elle le poursuit de sa passion amoureuse. Bardamu cache Robinson lorsqu\u2019elle arrive. Bardamu pour sa part a retrouv\u00e9 une ma\u00eetresse, Sophie, une infirmi\u00e8re de la clinique. Il refuse ainsi les avances de Madelon, son ancienne ma\u00eetresse, et essaie de la r\u00e9concilier avec Robinson. Pour ce faire, il organise une sortie \u00e0 la f\u00eate des Batignolles tous ensemble, ce que Robinson refuse cat\u00e9goriquement, exprimant toute la haine qu\u2019il \u00e9prouve pour celle qu\u2019il a aim\u00e9e par le pass\u00e9. Alors que Robinson vient avec eux finalement, Madelon lui tire dessus par trois fois au pistolet dans un taxi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la mort de son ami, Bardamu sombre dans la peine, et finit au bord d\u2019un canal. La derni\u00e8re image retranscrite par le narrateur est celle d\u2019un bateau qui siffle au loin. Bardamu l\u2019implore de mani\u00e8re imag\u00e9e de tout emmener, maintenant qu\u2019il ne lui reste plus grand chose : \u00ab&nbsp;tout , qu\u2019on n\u2019en parle plus&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Louis-Ferdinand C\u00e9line<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Chronologie&nbsp;: Vie &amp;<br>Regards sur l\u2019\u0153uvre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1894&nbsp;<\/strong>: Louis Ferdinand Destouches dit Louis-Ferdinand C\u00e9line&nbsp;<strong>na\u00eet<\/strong>&nbsp;\u00e0 Courbevoie, dans la banlieue<br>parisienne. Son p\u00e8re est un homme lettr\u00e9, dessinateur satirique amateur, employ\u00e9<br>dans une maison d\u2019assurances, dont le propre p\u00e8re avait \u00e9t\u00e9 agr\u00e9g\u00e9 de lettres. De<br>1899 \u00e0 1907, l\u2019enfant grandit&nbsp;<strong>passage<br>Choiseul<\/strong>&nbsp;\u00e0 Paris, o\u00f9 sa m\u00e8re tient un magasin de dentelles.&nbsp;<strong>\u00c9l\u00e8ve m\u00e9diocre&nbsp;<\/strong>que ses parents<br>destinent au commerce, il fait des s\u00e9jours linguistiques en Allemagne et en<br>Angleterre. Il est plac\u00e9 en&nbsp;<strong>apprentissage<\/strong><br>dans le commerce des tissus puis la joaillerie. En&nbsp;<strong>1912<\/strong>, par devancement d\u2019appel, il&nbsp;<strong>s\u2019engage<\/strong>&nbsp;dans un&nbsp;<strong>r\u00e9giment de<br>cuirassiers<\/strong>. En octobre&nbsp;<strong>1914<\/strong>, alors<br><strong>mar\u00e9chal des logis<\/strong>, il fait partie<br>des premiers&nbsp;<strong>bless\u00e9s<\/strong>&nbsp;au combat \u2013<br>bless\u00e9 au bras droit il pr\u00e9tendra que c\u2019\u00e9tait \u00e0 la t\u00eate et qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e9pan\u00e9.<br>Il est d\u00e9clar\u00e9&nbsp;<strong>invalide<\/strong>&nbsp;\u00e0 75&nbsp;%,<br>pose en h\u00e9ros dans&nbsp;<em>L\u2019Illustr\u00e9 national<\/em>&nbsp;et<br>re\u00e7oit la m\u00e9daille militaire et la croix de guerre. D\u00e9mobilis\u00e9, il est affect\u00e9<br>au&nbsp;<strong>consulat fran\u00e7ais<\/strong>&nbsp;de&nbsp;<strong>Londres<\/strong>&nbsp;o\u00f9 il fr\u00e9quente des milieux<br>interlopes. En&nbsp;<strong>1916<\/strong>, engag\u00e9 par une<br>soci\u00e9t\u00e9 commerciale, il devient&nbsp;<strong>surveillant<br>de plantation<\/strong>&nbsp;au&nbsp;<strong>Cameroun<\/strong>&nbsp;pour<br>pr\u00e8s d\u2019un an. De retour en France il vit d\u2019exp\u00e9dients avant de passer son&nbsp;<strong>baccalaur\u00e9at<\/strong>&nbsp;et d\u2019entamer \u00e0&nbsp;<strong>Rennes<\/strong>&nbsp;des&nbsp;<strong>\u00e9tudes de m\u00e9decine<\/strong>&nbsp;en&nbsp;<strong>1919<\/strong>.<br>Il \u00e9crit alors des po\u00e8mes, une farce.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1924&nbsp;<\/strong>: Ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de programmes all\u00e9g\u00e9s r\u00e9serv\u00e9s aux anciens<br>combattants, Destouches termine ses \u00e9tudes de m\u00e9decine avec une&nbsp;<strong>th\u00e8se<\/strong>&nbsp;intitul\u00e9e&nbsp;<strong><em>La Vie et l\u2019\u0152uvre de Philippe<br>Ignace Semmelweis<\/em><\/strong>, qui para\u00eetra sous le titre&nbsp;<em>Semmelweis<\/em>&nbsp;en 1936. Il y raconte le destin tragique d\u2019un&nbsp;<strong>m\u00e9decin hongrois<\/strong>&nbsp;(1818-1865) qui,<br>anticipant Pasteur, avait pr\u00e9conis\u00e9 le&nbsp;<strong>lavage<br>des mains<\/strong>&nbsp;au chlorure de chaux dans une&nbsp;<strong>maternit\u00e9<\/strong>&nbsp;o\u00f9 il avait observ\u00e9 que le taux de fi\u00e8vre puerp\u00e9rale<br>augmentait en fonction de la pr\u00e9sence d\u2019\u00e9tudiants, et que la maladie semblait<br>suivre leurs pas entre les salles de dissection et d\u2019accouchement. Il rencontra<br>cependant l\u2019hostilit\u00e9 du monde m\u00e9dical, fut r\u00e9voqu\u00e9 deux fois, et m\u00eame quand il<br>put ouvrir sa propre clinique on l\u2019emp\u00eacha de prouver ses th\u00e8ses, si bien que,<br>de caract\u00e8re d\u00e9j\u00e0 irascible, il devint&nbsp;<strong>fou<\/strong><br>et mourut d\u2019une blessure qu\u2019il s\u2019infligea. L\u2019auteur livre ici un r\u00e9cit<br>captivant, d\u2019un style toutefois encore assez classique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019issue de ses \u00e9tudes, Destouches devient&nbsp;<strong>m\u00e9decin hygi\u00e9niste<\/strong>&nbsp;pour la&nbsp;<strong>Soci\u00e9t\u00e9 des Nations<\/strong>&nbsp;\u00e0&nbsp;<strong>Gen\u00e8ve<\/strong>. Dans ce cadre il multiplie les&nbsp;<strong>missions \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;<\/strong>: \u00c9tats-Unis<br>\u2013 o\u00f9 la visite des usines Ford le marque \u2013, Cuba, Canada, Europe, Afrique. En 1927,<br>tout en restant affili\u00e9 \u00e0 la SDN, il ouvre un&nbsp;<strong>cabinet<\/strong>&nbsp;\u00e0&nbsp;<strong>Clichy<\/strong>, assure<br>des&nbsp;<strong>vacations<\/strong>&nbsp;au&nbsp;<strong>dispensaire municipal<\/strong>&nbsp;et se montre<br>constamment pr\u00e9occup\u00e9 de&nbsp;<strong>m\u00e9decine<br>sociale<\/strong>. Il multiplie les activit\u00e9s en lien avec la m\u00e9decine pour compl\u00e9ter<br>ses revenus. Il aurait commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire le&nbsp;<em>Voyage<br><\/em>en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1932&nbsp;<\/strong>: Celui qui n\u2019est encore qu\u2019un m\u00e9decin de banlieue de trente-huit ans&nbsp;<strong>abasourdit<\/strong>&nbsp;la&nbsp;<strong>critique<\/strong>&nbsp;quand para\u00eet, chez le jeune \u00e9diteur&nbsp;<strong>Deno\u00ebl<\/strong>,&nbsp;<strong><em>Voyage au bout de la nuit<\/em><\/strong>&nbsp;sous le&nbsp;<strong>pseudonyme<\/strong>&nbsp;de&nbsp;<strong>C\u00e9line<\/strong>,<br>emprunt\u00e9 \u00e0 sa grand-m\u00e8re. Ce roman autobiographique raconte les tribulations \u00e0<br>travers le monde d\u2019un certain&nbsp;<strong>Ferdinand<br>Bardamu<\/strong>, h\u00e9ros \u00e0 la fois&nbsp;<strong>cynique<\/strong><br>et&nbsp;<strong>pitoyable&nbsp;<\/strong>: il conna\u00eet<br>d\u2019abord l\u2019horreur de la&nbsp;<strong>Grande Guerre<\/strong>,<br>puis il passe en Afrique o\u00f9 il est t\u00e9moin des m\u00e9faits du&nbsp;<strong>colonialisme<\/strong>&nbsp;sur une population quasiment r\u00e9duite en esclavage. \u00c0&nbsp;<strong>New York<\/strong>&nbsp;il vit au plus pr\u00e8s les<br>conditions de vie des \u00e9migrants, avant de se faire le t\u00e9moin des proc\u00e9d\u00e9s de<br>travail \u00e0 la cha\u00eene chez Ford. Revenu en France, o\u00f9 il s\u2019installe comme m\u00e9decin<br>dans une commune mis\u00e9reuse, il re\u00e7oit une patient\u00e8le rong\u00e9e par la<br>malnutrition, l\u2019alcoolisme, souffrant de fi\u00e8vres chroniques et se livrant \u00e0 des<br>avortements clandestins. Il se fait ensuite embaucher par un h\u00f4pital<br>psychiatrique. Plut\u00f4t que de former une histoire continue, le r\u00e9cit s\u2019\u00e9gr\u00e8ne en<br><strong>\u00e9pisodes narratifs<\/strong>&nbsp;et l\u2019\u0153uvre se<br>distingue par un&nbsp;<strong>style innovant<\/strong>,<br>l\u2019\u00e9crivain faisant entrer en litt\u00e9rature, dans des proportions jamais vues, la&nbsp;<strong>langue populaire<\/strong>, orale, de nombreux<br>gros mots, un&nbsp;<strong>argot<\/strong>&nbsp;que l\u2019\u00e9crivain a<br>en partie appris avec son ami le peintre Gen Paul. La&nbsp;<strong>syntaxe<\/strong>&nbsp;appara\u00eet&nbsp;<strong>d\u00e9sarticul\u00e9e<\/strong>,<br>et les&nbsp;<strong>\u00e9vocations sexuelles<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>scatologiques<\/strong>&nbsp;sont l\u00e9gion. Le h\u00e9ros,<br>tout en se faisant le porte-parole des humbles, les ridiculisent. Mais il ne<br>fut presque pas question de son style \u00e0 la sortie de l\u2019ouvrage, et la<br>communaut\u00e9 litt\u00e9raire de tous bords trouva des raisons diverses de<br>l\u2019appr\u00e9cier&nbsp;: \u00e0&nbsp;<strong>gauche<\/strong>&nbsp;(Nizan, Trotski,<br>Aragon) on louait la&nbsp;<strong>critique sociale<\/strong>,<br>la mise en lumi\u00e8re de l\u2019exploitation de l\u2019homme \u2013 et un hommage \u00e0 Zola rendu<br>par C\u00e9line en 1933 contribuera \u00e0 se leurrer sur ses orientations \u2013, et \u00e0&nbsp;<strong>droite<\/strong>&nbsp;(Daudet, Bernanos), on croit<br>lire une&nbsp;<strong>\u00e9pop\u00e9e humaniste<\/strong>&nbsp;en raison<br>du retour constant dans l\u2019\u0153uvre d\u2019images de mis\u00e8re et de mort. Cette \u0153uvre<br>scandaleuse, m\u00e9t\u00e9oritique dans le ciel de l\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise, fut donn\u00e9e<br>favorite pour le prix Goncourt dont les jur\u00e9s rest\u00e8rent pusillanimes malgr\u00e9 les<br>efforts de L\u00e9on Daudet&nbsp;; le&nbsp;<strong>prix<br>Renaudot<\/strong>&nbsp;apparut alors comme un lot de consolation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1933&nbsp;<\/strong>: C\u00e9line avait \u00e9crit la&nbsp;<strong>com\u00e9die satirique<\/strong><br>en cinq actes&nbsp;<strong><em>L\u2019\u00c9glise<\/em><\/strong>&nbsp;en 1926, avant le&nbsp;<em>Voyage<\/em><br>donc, qu\u2019elle annonce par son contenu. En effet il y est d\u00e9j\u00e0 question d\u2019un&nbsp;<strong>docteur Bardamu<\/strong>, lequel passe de<br>l\u2019Afrique aux \u00c9tats-Unis, puis au si\u00e8ge de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations \u00e0 Gen\u00e8ve et<br>enfin dans une clinique de la banlieue parisienne. Le h\u00e9ros se trouve<br>constamment confront\u00e9 \u00e0 un&nbsp;<strong>cynisme<br>g\u00e9n\u00e9ral<\/strong>&nbsp;et exprime une&nbsp;<strong>tendresse<\/strong><br>pour les enfants et les gens simples. Le style de C\u00e9line n\u2019y est pas encore<br>tout d\u00e9ploy\u00e9, il est encore m\u00eal\u00e9 de langue classique, mais on trouve d\u00e9j\u00e0 des&nbsp;<strong>monologues<\/strong>&nbsp;typiquement c\u00e9liniens. La<br>pi\u00e8ce sera repr\u00e9sent\u00e9e \u00e0&nbsp;<strong>Lyon<\/strong>&nbsp;en&nbsp;<strong>1936<\/strong>&nbsp;mais C\u00e9line, qui finira par<br>reconna\u00eetre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas un homme de th\u00e9\u00e2tre, ne renouvellera pas<br>l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1936&nbsp;<\/strong>:&nbsp;<strong><em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em><\/strong>&nbsp;appara\u00eet comme un&nbsp;<strong>antiroman d\u2019\u00e9ducation&nbsp;<\/strong>; l\u2019auteur y revient en effet, toujours<br>sur le mode de l\u2019<strong>autobiographie romanc\u00e9e<\/strong>,<br>m\u00eame caricatur\u00e9e, fabulante, sur ses ann\u00e9es de jeunesse&nbsp;dont il fait une&nbsp;<strong>chronique noire<\/strong>. Il romance notamment<br>ses ann\u00e9es pass\u00e9es&nbsp;<strong>passage Choiseul<\/strong><br>\u2013 qu\u2019il appelle le \u00ab&nbsp;passage des B\u00e9r\u00e9sinas&nbsp;\u00bb \u2013, galerie couverte o\u00f9<br>un Paris populaire de petits commer\u00e7ants et artisans respire un air charg\u00e9 de<br>gaz d\u2019\u00e9clairage. Quittant l\u2019\u00e9cole le tout jeune Bardamu se retrouve en&nbsp;<strong>apprentissage<\/strong>&nbsp;comme manutentionnaire,<br>puis repr\u00e9sentant d\u2019un joailler. Il fait ensuite un&nbsp;<strong>s\u00e9jour linguistique<\/strong>&nbsp;en Grande-Bretagne avant de se faire bannir de<br>sa famille et de rencontrer un&nbsp;<strong>scientifique<\/strong><br>\u00e9diteur de revue \u2013 inspir\u00e9 d\u2019Henry de Graffigny qu\u2019avait connu C\u00e9line en<br>1917-1918 \u2013,&nbsp;<strong>escroc<\/strong>&nbsp;qu\u2019il suit dans<br>ses aventures \u00e0 la campagne, o\u00f9 les deux hommes transforment les enfants qu\u2019on<br>leur confie en sauvageons. Apr\u00e8s le suicide de son \u00ab&nbsp;mentor&nbsp;\u00bb, le<br>jeune Bardamu s\u2019engage dans l\u2019arm\u00e9e, et le lecteur se retrouve au d\u00e9but du&nbsp;<em>Voyage<\/em>. Toutes les exp\u00e9riences que fait<br>l\u2019adolescent sont d\u2019un&nbsp;<strong>sordide<\/strong><br>consomm\u00e9&nbsp;; il se trouve exploit\u00e9, vol\u00e9, et m\u00eame viol\u00e9. Le r\u00e9cit&nbsp;<strong>extr\u00eamement cru<\/strong>, au&nbsp;<strong>naturalisme outrancier<\/strong>, qui ne<br>d\u00e9livrait plus aucun message, qui montrait du m\u00e9pris m\u00eame pour tous les id\u00e9aux<br>et ne proposait plus qu\u2019une&nbsp;<strong>r\u00e9volution<br>langagi\u00e8re<\/strong>, choqua beaucoup. La&nbsp;<strong>syntaxe<br>c\u00e9linienne se d\u00e9lite<\/strong>&nbsp;ici en effet un peu plus, l\u2019histoire se d\u00e9ployant au<br>gr\u00e9 de&nbsp;<strong>petites unit\u00e9s de sens<\/strong>&nbsp;que<br>s\u00e9parent des&nbsp;<strong>points de suspension<\/strong>&nbsp;de<br>plus en plus fr\u00e9quents. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u2019accentuera encore avec&nbsp;<em>Guignol\u2019s Band<\/em>.Le&nbsp;<strong>lecteur<\/strong>&nbsp;se voit sans<br>cesse&nbsp;<strong>interpel\u00e9<\/strong>&nbsp;par<br>l\u2019auteur-narrateur qui cherche \u00e0 l\u2019<strong>impliquer<br><\/strong>dans ses&nbsp;<strong>r\u00e9actions affectives<\/strong>&nbsp;en<br>restituant, au gr\u00e9 d\u2019une&nbsp;<strong>\u00e9nonciation pulsionnelle<\/strong>,<br>les \u00e9motions dans une langue qui les miment au plus pr\u00e8s. C\u00e9line propose ainsi<br>un&nbsp;<strong>nouvel art romanesque&nbsp;<\/strong>; le<br>roman pour lui n\u2019a plus vocation \u00e0 \u00e9mettre des id\u00e9es ni m\u00eame \u00e0 raconter des<br>histoires. Et&nbsp;<em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit&nbsp;<\/em>appara\u00eet comme<br>un&nbsp;<strong>chef-d\u2019\u0153uvre comique<\/strong>, poussant la<br><strong>d\u00e9rision<\/strong>&nbsp;et la&nbsp;<strong>d\u00e9sillusion<\/strong>&nbsp;\u00e0 leur comble, en pr\u00e9sentant un monde de l\u2019enfance qui<br>n\u2019a rien d\u2019enchant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La critique qui avait appr\u00e9ci\u00e9 ce qui<br>ressemblait \u00e0 des d\u00e9nonciations dans le&nbsp;<em>Voyage<\/em><br>d\u00e9couvre ici avec surprise un&nbsp;<strong>stylicien<br>sans id\u00e9ologie<\/strong>, signe d\u2019un malentendu qui a perdur\u00e9. C\u2019est encore le&nbsp;<em>Voyage<\/em>&nbsp;qui est l\u2019\u0153uvre la plus lue, la<br>plus appr\u00e9ci\u00e9e de C\u00e9line, alors que l\u2019auteur lui-m\u00eame la prisait peu, jugeant<br>m\u00eame son style vieillot et timide. L\u2019\u00e9crivain sera bless\u00e9 par l\u2019accueil froid<br>r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ce deuxi\u00e8me roman et se consacrera pour un temps \u00e0 des pamphlets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours en&nbsp;<strong>1936<\/strong>,<br>la m\u00eame ann\u00e9e que&nbsp;<em>Retour de l\u2019U.R.S.S.&nbsp;<\/em>d\u2019Andr\u00e9<br>Gide, apr\u00e8s son s\u00e9jour en URSS o\u00f9 il est parti d\u00e9penser les droits d\u2019auteur de<br>la traduction russe du&nbsp;<em>Voyage<\/em>, C\u00e9line<br>publie un&nbsp;<strong>premier pamphlet<\/strong>, tr\u00e8s<br>court,&nbsp;<strong><em>Mea Culpa<\/em><\/strong>, au propos&nbsp;<strong>anticapitaliste<\/strong>,<br>antibourgeois et&nbsp;<strong>anticommuniste<\/strong>.<br>L\u2019auteur d\u00e9veloppe une image noire, pessimiste de la nature humaine et de son<br>avenir, auquel les \u00e9go\u00efsmes de chacun nuiront invariablement selon lui. S\u2019y<br>fait jour l\u2019id\u00e9e que le&nbsp;<strong>communisme<\/strong><br>aurait \u00e9t\u00e9 engendr\u00e9 par un&nbsp;<strong>complot juif<\/strong><br>de grande ampleur, selon une ancienne id\u00e9e de droite. Ses propos contre les<br>peuples \u00ab&nbsp;n\u00e9grifi\u00e9s&nbsp;\u00bb situ\u00e9s \u00ab&nbsp;au-dessous de la Loire&nbsp;\u00bb<br>sont d\u2019une extr\u00eame violence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1937&nbsp;<\/strong>: Pour certains, le pamphlet&nbsp;<strong><em>Bagatelles pour un massacre<\/em><\/strong>&nbsp;est une<br>tache suffisamment noire dans l\u2019\u0153uvre de C\u00e9line pour rayer son nom de la liste<br>des grands auteurs du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. L\u2019auteur, passionn\u00e9 de&nbsp;<strong>musique<\/strong>&nbsp;et de&nbsp;<strong>danse<\/strong>, avait \u00e9crit l\u2019<strong>argument<br>d\u2019un ballet<\/strong>, et ses essais infructueux pour le faire mettre en musique et<br>monter le font imaginer que les Juifs sont responsables de son \u00e9chec. De l\u00e0 \u2013<br>et de bien ailleurs sans doute \u2013 un flot imp\u00e9tueux d\u2019insultes et de th\u00e9ories<br>pr\u00e9sentant les&nbsp;<strong>Juifs<\/strong>&nbsp;comme des<br>crois\u00e9s de n\u00e8gres et de Mongols, des \u00ab&nbsp;Jud\u00e9o-Mongols&nbsp;\u00bb, des \u00ab&nbsp;<strong>sous-hommes<\/strong>&nbsp;\u00bb qui colonisent la<br>France et imposent leurs lois aux Fran\u00e7ais qui leur sont pourtant bien<br>sup\u00e9rieurs. Il en a \u00e9galement apr\u00e8s la&nbsp;<strong>Russie<br>communiste<\/strong>&nbsp;\u2013 o\u00f9 l\u2019on n\u2019a pas voulu de son ballet \u2013, et il se livre \u00e0<br>certaines digressions, notamment quand il parle, plus heureusement, des<br>conf\u00e9rences internationales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1938&nbsp;<\/strong>: C\u00e9line poursuit le \u00ab&nbsp;massacre&nbsp;\u00bb avec un autre pamphlet,&nbsp;<strong><em>L\u2019\u00c9cole<br>des cadavres<\/em><\/strong>, continuant d\u2019invectiver les Juifs, les&nbsp;<strong>Fran\u00e7ais enjuiv\u00e9es<\/strong>, les Russes communistes,<br>mais encore les&nbsp;<strong>francs-ma\u00e7ons<\/strong>, les<br>cocus\u2026 avec une outrance telle que des antis\u00e9mites et des fascistes que les&nbsp;<em>Bagatelles<\/em>&nbsp;avaient peu d\u00e9rang\u00e9s en<br>ressentir une g\u00eane. Il consid\u00e8re les tentatives d\u2019union des&nbsp;<strong>Isra\u00e9lites<\/strong>, dans un contexte de<br>pers\u00e9cutions, comme une preuve de leur&nbsp;<strong>volont\u00e9<br>d\u2019imp\u00e9rialisme<\/strong>, et son&nbsp;<strong>go\u00fbt pour les<br>Allemands<\/strong>&nbsp;le pousse \u00e0 regretter le d\u00e9membrement de l\u2019Empire de Charlemagne<br>et que la France ne soit plus unie \u00e0 sa voisine. Une de ses th\u00e8ses est que les<br>financiers juifs new-yorkais pr\u00e9parent une nouvelle guerre mondiale pour<br>s\u2019enrichir sur le dos d\u2019une Europe ruin\u00e9e \u00e0 reconstruire. Cette \u0153uvre vaudra \u00e0<br>C\u00e9line et \u00e0 Deno\u00ebl une&nbsp;<strong>condamnation pour<br>diffamation<\/strong>&nbsp;en&nbsp;<strong>1939<\/strong>. C\u00e9line<br>publiera un troisi\u00e8me et dernier pamphlet antis\u00e9mite en 1941,&nbsp;<strong><em>Les<br>Beaux Draps<\/em><\/strong>, qui se fait l\u2019\u00e9cho de la&nbsp;<strong>d\u00e9b\u00e2cle<\/strong>&nbsp;et o\u00f9 s\u2019exprime toujours sa sympathie pour les Allemands,<br>qui sont alors des occupants, ainsi que son m\u00e9pris de la d\u00e9mocratie parlementaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale, C\u00e9line est<br>m\u00e9decin \u00e0 bord d\u2019un paquebot, puis en 1940 m\u00e9decin-chef du dispensaire de<br>Sartrouville, et enfin attach\u00e9 au dispensaire de Bezons (Val-d\u2019Oise) jusqu\u2019en<br>1944. Il s\u2019est install\u00e9 \u00e0&nbsp;<strong>Montmartre<\/strong><br>en&nbsp;<strong>1941<\/strong>. S\u2019il ne collabore pas<br>directement avec les nazis, il envoie des&nbsp;<strong>articles<\/strong><br>violemment&nbsp;<strong>antis\u00e9mites<\/strong>&nbsp;\u00e0 des&nbsp;<strong>journaux collaborationnistes<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1944&nbsp;<\/strong>: Avec&nbsp;<strong><em>Guignol\u2019s Band<\/em><\/strong>, puis&nbsp;<strong><em>Le Pont de Londres<\/em><\/strong>&nbsp;(ou&nbsp;<strong><em>Guinol\u2019s<br>Band II<\/em><\/strong>) \u00e9crit tout de suite apr\u00e8s mais qui ne para\u00eetra qu\u2019en 1964, le<br>h\u00e9ros de C\u00e9line, Ferdinand, conduit le lecteur \u00e0&nbsp;<strong>Londres<\/strong>&nbsp;pendant la&nbsp;<strong>Premi\u00e8re<br>Guerre mondiale<\/strong>. Il s\u2019agit d\u2019une&nbsp;<strong>pong\u00e9e<br>hallucin\u00e9e<\/strong>&nbsp;dans le milieu de la&nbsp;<strong>prostitution<\/strong><br>via Cascade, l\u2019oncle d\u2019un ami du h\u00e9ros, et des&nbsp;<strong>petits trafics<\/strong>, au gr\u00e9 de rencontres de&nbsp;<strong>personnages fantasques&nbsp;<\/strong>: l\u2019acolyte de Ferdinand, Boro, un<br>chimiste fascin\u00e9 par les engins explosifs&nbsp;; un pr\u00eateur sur gages obs\u00e9d\u00e9 de<br>musique&nbsp;s\u2019habillant \u00e0 l\u2019orientale&nbsp;; un g\u00e9n\u00e9ral envisageant de se<br>lancer dans la production de masques \u00e0 gaz, etc. Bardamu tombe \u00e9galement follement<br>amoureux d\u2019une adolescente. Le tout semble proc\u00e9der, souvent, d\u2019un&nbsp;<strong>d\u00e9lire<\/strong>&nbsp;aliment\u00e9 par la&nbsp;<strong>drogue<\/strong>&nbsp;et l\u2019<strong>alcool<\/strong>. Le style de C\u00e9line s\u2019affute encore, entre&nbsp;<strong>exag\u00e9ration<\/strong>,&nbsp;<strong>burlesque<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>amertume<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 la mi-<strong>juin<br>1944<\/strong>, devant la d\u00e9faite imminente de l\u2019Allemagne et avec l\u2019intention de<br>rejoindre le Danemark, pays neutre o\u00f9 il a fait virer de l\u2019argent, C\u00e9line part<br>avec sa femme \u2013 Lucie Almanzor dite Lucette, \u00e9pous\u00e9e en troisi\u00e8me noce l\u2019ann\u00e9e<br>pr\u00e9c\u00e9dente \u2013 pour&nbsp;<strong>Baden-Baden<\/strong>&nbsp;avant<br>d\u2019arriver en octobre \u00e0&nbsp;<strong>Sigmaringen<\/strong>,<br>o\u00f9 se retrouvent le gouvernement fran\u00e7ais en fuite et nombre de collaborateurs&nbsp;;<br>ils y restent cinq mois. Il rejoint&nbsp;<strong>Copenhague<\/strong><br>en&nbsp;<strong>1945<\/strong>&nbsp;et suite \u00e0 une demande<br>d\u2019extradition de la France il se retrouve incarc\u00e9r\u00e9 quatorze mois durant.<br>Lib\u00e9r\u00e9 en 1947, du Danemark, il entreprend des d\u00e9marches pour se trouver un&nbsp;<strong>nouvel \u00e9diteur<\/strong>, via Jean Paulhan et<br>Pierre Monnier, jeune admirateur de son \u0153uvre. Il se d\u00e9m\u00e8ne aussi pour \u00eatre<br>innocent\u00e9 des accusations de trahison qui p\u00e8sent sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1949&nbsp;<\/strong>:&nbsp;<strong><em>Casse-pipe<\/em><\/strong>, texte inachev\u00e9 qui devait offrir une suite \u00e0&nbsp;<em>Mort \u00e0 Cr\u00e9dit<\/em>, para\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 la maison<br>d\u2019\u00e9dition cr\u00e9\u00e9e par Pierre Monnier expr\u00e8s pour publier C\u00e9line. On retrouve<br>ainsi Ferdinand qui, comme il l\u2019annon\u00e7ait \u00e0 la fin du roman, s\u2019est engag\u00e9, et l\u2019auteur<br>s\u2019attache ici \u00e0&nbsp;<strong>caricaturer<\/strong>&nbsp;la&nbsp;<strong>vie militaire&nbsp;<\/strong>en reconstituant la&nbsp;<strong>premi\u00e8re nuit<\/strong>&nbsp;d\u2019une&nbsp;<strong>jeune recrue<\/strong>&nbsp;\u00e0 la&nbsp;<strong>caserne<\/strong>, en d\u00e9crivant les marches lugubres au pas cadenc\u00e9, la&nbsp;<strong>b\u00eatise<\/strong>&nbsp;de&nbsp;<strong>sous-officiers<\/strong>&nbsp;so\u00fblards, multipliant les&nbsp;<strong>longs monologues rageurs<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En&nbsp;<strong>1950<\/strong>,<br>l\u2019\u00e9crivain est&nbsp;<strong>condamn\u00e9<\/strong>&nbsp;par la cour<br>de justice de la Seine pour \u00ab&nbsp;actes de nature \u00e0 nuire \u00e0 la d\u00e9fense<br>nationale&nbsp;\u00bb&nbsp;et d\u00e9clar\u00e9 en&nbsp;<strong>\u00e9tat<br>d\u2019indignit\u00e9 nationale<\/strong>. Il est&nbsp;<strong>amnisti\u00e9<\/strong><br>par le tribunal militaire en&nbsp;<strong>1951<\/strong>,<br>en raison de son statut d\u2019ancien combattant, et revient en France tr\u00e8s marqu\u00e9<br>physiquement par les \u00e9preuves endur\u00e9es. Il acquiert un pavillon \u00e0 Meudon o\u00f9 il continue<br>de pratiquer la m\u00e9decine. Il y vivra jusqu\u2019\u00e0 sa mort avec son \u00e9pouse, entour\u00e9<br>de nombreux chiens.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1952&nbsp;<\/strong>:&nbsp;<strong><em>F\u00e9erie pour une autre fois<\/em><\/strong>&nbsp;raconte le s\u00e9jour dans les ge\u00f4les<br>danoises qu\u2019a fait C\u00e9line entre 1945 et 1947. Ici Bardamu se fond dans<br>l\u2019auteur, devenu lui-m\u00eame plus explicitement personnage. Se sentant d\u00e9laiss\u00e9,<br>meurtri, trahi m\u00eame, C\u00e9line fait alterner son texte entre&nbsp;<strong>r\u00eaveries<\/strong>,&nbsp;<strong>d\u00e9lires<\/strong>,&nbsp;<strong>fant\u00f4mes<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>hantises<\/strong>. Il parle de ses conditions de d\u00e9tention, des quelques<br>mois avant son d\u00e9part de Paris, alors qu\u2019il pratiquait encore la m\u00e9decine \u00e0 son<br>appartement de la butte Montmartre, de la jalousie des autres \u00e9crivains \u00e0 son<br>\u00e9gard. Le roman, premi\u00e8re \u0153uvre de C\u00e9line \u00e0 para\u00eetre chez&nbsp;<strong>Gallimard<\/strong>, o\u00f9 lui a \u00e9t\u00e9 fait un pont d\u2019or, sera un&nbsp;<strong>\u00e9chec critique&nbsp;<\/strong>et<strong>&nbsp;public<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1954&nbsp;<\/strong>: Le deuxi\u00e8me tome de&nbsp;<strong><em>F\u00e9erie pour une autre fois<\/em><\/strong>, intitul\u00e9<br><strong><em>Normance<\/em><\/strong><br>sur la pression de son \u00e9diteur, d\u00e9crit d\u2019une mani\u00e8re tr\u00e8s vivante, hallucin\u00e9e,<br>un&nbsp;<strong>bombardement<\/strong>&nbsp;qu\u2019a v\u00e9cu C\u00e9line<br>dans son&nbsp;<strong>immeuble montmartrois<\/strong>, rue<br>Girardon. Il se compare dans l\u2019\u0153uvre \u00e0 Pline l\u2019Ancien rendant compte de l\u2019\u00e9ruption<br>du V\u00e9suve. Au d\u00e9but du roman, il subit une chute, et tout le reste du texte est<br>marqu\u00e9 par son&nbsp;<strong>d\u00e9lire<\/strong>, souvent&nbsp;<strong>parano\u00efaque<\/strong>, car il pense que les gens<br>autour de lui veulent l\u2019agresser. Sont pr\u00e9sents sa femme Lili, son chat B\u00e9bert,<br>un fort de la halle appel\u00e9 Normance, ainsi que le cul-de-jatte Jules, r\u00e9fugi\u00e9<br>au sommet du Moulin de la Galette, qui para\u00eet \u00e0 C\u00e9line orchestrer le<br>bombardement des forces alli\u00e9es et que l\u2019\u00e9crivain insulte copieusement. De<br>nombreuses&nbsp;<strong>redites<\/strong>&nbsp;marquent le<br>roman, mimant la&nbsp;<strong>r\u00e9p\u00e9tition des bombes<\/strong><br>que C\u00e9line pr\u00e9sente aussi b\u00eates que les hommes. \u00c0 nouveau l\u2019\u0153uvre para\u00eet dans<br>l\u2019<strong>indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale<\/strong>. L\u2019\u0153uvre de<br>C\u00e9line,&nbsp;<strong>sans th\u00e8ses<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>sans id\u00e9es<\/strong>, fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9laboration<br>d\u2019une \u00ab&nbsp;<strong>petite musique&nbsp;<\/strong>\u00bb,<br>appara\u00eet \u00e0 contre-courant alors que la litt\u00e9rature engag\u00e9e et l\u2019existentialisme<br>font la une de l\u2019actualit\u00e9 litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La m\u00eame ann\u00e9e paraissent dans&nbsp;<em>La Nouvelle Revue fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;(en volume<br>l\u2019ann\u00e9e suivante) les&nbsp;<strong><em>Entretiens avec le professeur Y<\/em><\/strong>. Il<br>s\u2019agit d\u2019une&nbsp;<strong>interview fictive<\/strong>&nbsp;entre<br>l\u2019\u00e9crivain C\u00e9line et le \u00ab&nbsp;professeur Y&nbsp;\u00bb, cens\u00e9 mener l\u2019entretien mais<br>qui, caricature d\u2019un agr\u00e9g\u00e9 de lettres, particuli\u00e8rement anxieux, est constamment<br>moqu\u00e9 par C\u00e9line. Plus loin dans l\u2019interview il s\u2019av\u00e8rera franchement parano\u00efaque&nbsp;:<br>il serait en r\u00e9alit\u00e9 le \u00ab&nbsp;Colonel R\u00e9s\u00e9da&nbsp;\u00bb et sujet de pers\u00e9cutions. Convaincu<br>par son entourage, C\u00e9line d\u00e9clare avoir d\u00e9cid\u00e9 de se vendre le temps d\u2019une<br>interview \u2013 et r\u00e9ellement, l\u2019ouvrage fait partie d\u2019une&nbsp;<strong>strat\u00e9gie publicitaire<\/strong>, d\u2019une entreprise d\u2019<strong>explication de son \u0153uvre&nbsp;<\/strong>et de&nbsp;<strong>r\u00e9habilitation<br><\/strong>\u2013, pour susciter un&nbsp;<strong>engouement<\/strong>&nbsp;<strong>nouveau<\/strong>&nbsp;autour de sa personne&nbsp;; et<br>C\u00e9line de&nbsp;<strong>vanter son g\u00e9nie<\/strong>, dont il<br>s\u2019est rendu compte un jour qu\u2019il \u00e9tait dans le m\u00e9tro dit-il, son&nbsp;<strong>invention de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9motion<\/strong>,<br>pr\u00e9tend-il, dans le langage \u00e9crit&nbsp;\u00bb&nbsp;; et de critiquer l\u2019avide Gaston<br>Gallimard, les&nbsp;<strong>gens de l\u2019\u00e9dition<\/strong>,&nbsp;<em>La Nouvelle Revue fran\u00e7aise<\/em>,ses&nbsp;<strong>concurrents<\/strong>&nbsp;\u2013 des conformistes, des&nbsp;<strong>jaloux<\/strong>&nbsp;\u2013&nbsp;; et de se pr\u00e9senter en&nbsp;<strong>artiste pers\u00e9cut\u00e9<\/strong>,&nbsp;<strong>incompris<\/strong><br>de son vivant, et dont les g\u00e9n\u00e9rations suivantes se serviront comme mod\u00e8le. Il<br>d\u00e9plore de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale le sort r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature, aux artistes m\u00e9connus<br>de leurs contemporains ne pouvant vivre de leur plume. Il invite en outre les<br>\u00e9crivains \u00e0 se laisser influencer par le&nbsp;<strong>cin\u00e9ma<\/strong>,<br>et parle de l\u2019usage de l\u2019<strong>argot&nbsp;<\/strong>ou<br>encore de l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1957&nbsp;<\/strong>: C\u00e9line entame ce qu\u2019on appelle sa \u00ab&nbsp;<strong>trilogie allemande&nbsp;<\/strong>\u00bb, qui suscite \u00e0 nouveau l\u2019int\u00e9r\u00eat du<br>public et des critiques, avec&nbsp;<strong><em>D\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre<\/em><\/strong>. Il est<br>interview\u00e9 \u00e0 la radio et passe m\u00eame \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision. Dans ce premier volume, apr\u00e8s<br>avoir, comme de coutume,&nbsp;<strong>fustig\u00e9<\/strong>&nbsp;les<br><strong>\u00e9diteurs<\/strong>&nbsp;avides \u2013 qui le forcent \u00e0<br>\u00e9crire, et auxquels il ob\u00e9it puisque sa patient\u00e8le, pauvre, ingrate, ne suffit<br>pas \u00e0 le faire vivre \u2013, l\u2019<strong>intelligentsia<br><\/strong>\u2013 Sartre (lequel a fait, en 1948, l\u2019objet du court pamphlet&nbsp;<em>\u00c0 l\u2019agit\u00e9 du bocal<\/em>), Aragon, Malraux,<br>Maurois ou Morand en prennent pour leur grade \u2013, C\u00e9line raconte sa&nbsp;<strong>fuite de Paris<\/strong>&nbsp;lors de la Lib\u00e9ration,<br>puis ses s\u00e9jours \u00ab&nbsp;d\u2019un ch\u00e2teau l\u2019autre&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0&nbsp;<strong>Sigmaringen<\/strong>&nbsp;puis dans une&nbsp;<strong>forteresse-prison<\/strong>&nbsp;danoise. \u00c0<br>Sigmaringen, il est accompagn\u00e9 par toute une foule de Fran\u00e7ais repr\u00e9sentative<br>de la France collaboratrice, et C\u00e9line de livrer des&nbsp;<strong>portraits f\u00e9roces<\/strong>&nbsp;de&nbsp;<strong>personnages<br>historiques<\/strong>&nbsp;\u2013 P\u00e9tain et Laval au premier chef \u2013, de d\u00e9crire leur&nbsp;<strong>grotesque<\/strong>, leur&nbsp;<strong>mesquinerie<\/strong>, leur&nbsp;<strong>vanit\u00e9<\/strong>,<br>le&nbsp;<strong>pitoyable<\/strong>&nbsp;de leur situation et l\u2019<strong>insalubrit\u00e9&nbsp;<\/strong>r\u00e9gnante en ces lieux, si<br>bien que la coutumi\u00e8re outrance c\u00e9linienne verse dans un&nbsp;<strong>burlesque<\/strong>&nbsp;de&nbsp;<strong>farce<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1959&nbsp;<\/strong>: Intrus dans l\u2019\u0153uvre de C\u00e9line, mais peut-\u00eatre r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019\u00eatre<br>profond de l\u2019\u00e9crivain, les&nbsp;<strong><em>Ballets sans musique, sans personne, sans<br>rien<\/em><\/strong>&nbsp;apparaissent comme un ouvrage&nbsp;<strong>guilleret<\/strong><br>gr\u00e2ce auquel on peut imaginer \u00e0 quoi auraient ressembl\u00e9 les arguments de<br>ballets de C\u00e9line une fois mis en musique et mont\u00e9s. S\u2019il s\u2019y montre&nbsp;<strong>misanthrope<\/strong>, c\u2019est avec malice, et s\u2019y<br>font jour un caract\u00e8re affable et un go\u00fbt conserv\u00e9 pour la&nbsp;<strong>f\u00e9erie<\/strong>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1960&nbsp;<\/strong>:&nbsp;<strong><em>Nord<\/em><\/strong>, deuxi\u00e8me vol\u00e9e de la trilogie allemande, raconte la&nbsp;<strong>fuite de Paris<\/strong>&nbsp;de C\u00e9line avec sa femme<br>Lili et son chat B\u00e9bert, pour&nbsp;<strong>Baden-Baden<\/strong>,<br>puis&nbsp;<strong>Berlin<\/strong>&nbsp;o\u00f9 ils sont les seuls<br>occupants d\u2019un h\u00f4tel d\u00e9labr\u00e9 tenu par un paysan sib\u00e9rien. Le trio int\u00e8gre<br>l\u2019acteur La Vigue, rencontr\u00e9 au bureau des visas, et C\u00e9line se r\u00e9sout \u00e0 trouver<br>refuge chez une vieille connaissance qui le fait vivre confortablement dans un<br>vaste souterrain, avant que cet ami ne le case \u00e0 la campagne, dans un hameau o\u00f9<br>les Fran\u00e7ais sont trait\u00e9s en parias et o\u00f9 r\u00e8gne la faim. Puis l\u2019\u00e9crivain finira<br>par rejoindre le Danemark. \u00c0 nouveau les descriptions d\u2019un&nbsp;<strong>univers en ruines<\/strong>,&nbsp;<strong>grotesque<\/strong>,<br>alternent avec les&nbsp;<strong>plaintes de<br>l\u2019\u00e9crivain<\/strong>&nbsp;se sentant trahi, irrit\u00e9 du sort qu\u2019on lui a r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l\u2019issue<br>du conflit.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1961&nbsp;<\/strong>: Louis-Ferdinand C\u00e9line&nbsp;<strong>meurt<\/strong><br>\u00e0 soixante-sept ans \u00e0 Meudon d\u2019une congestion c\u00e9r\u00e9brale. Il venait de terminer&nbsp;<strong><em>Rigodon<\/em><\/strong>,<br>troisi\u00e8me et dernier volet de sa trilogie allemande, o\u00f9 il raconte son&nbsp;<strong>trajet vers Copenhague<\/strong>, d\u2019une&nbsp;<strong>gare ravag\u00e9e<\/strong>, d\u2019un&nbsp;<strong>train d\u00e9labr\u00e9<\/strong>&nbsp;l\u2019autre, \u00e9voquant ses&nbsp;<strong>compagnons de route<\/strong>&nbsp;\u00e9ph\u00e9m\u00e8res \u2013 un docteur grec et une s\u0153ur en<br>charge d\u2019un groupe de l\u00e9preux, un cort\u00e8ge d\u2019enfants handicap\u00e9s mentaux qui lui<br>sont confi\u00e9s par une Fran\u00e7aise agr\u00e9g\u00e9e d\u2019allemand \u2013, entrecoupant constamment<br>le r\u00e9cit de ses plaintes de 1960, proph\u00e9tisant le&nbsp;<strong>d\u00e9ferlement des Chinois sur la France<\/strong>&nbsp;et la d<strong>isparition de la race blanche<\/strong>&nbsp;avec la complicit\u00e9 des religions<br>\u00e9tablies.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u00e9line se d\u00e9fendait de vouloir faire passer des<br>id\u00e9es dans ses romans, il comptait seulement&nbsp;<strong>s\u2019adresser \u00e0 l\u2019affectivit\u00e9<\/strong>&nbsp;de ses lecteurs, en lui pr\u00e9sentant un&nbsp;<strong>monde absurde<\/strong>,&nbsp;<strong>burlesque<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>path\u00e9tique<\/strong>,<br>\u00e0 rebours de tout point de vue rationnel, de tout r\u00e9confort intellectuel. Depuis<br>les ann\u00e9es 1970 principalement, la critique universitaire s\u2019est saisie avec<br>passion de son \u0153uvre. \u00c9crivain&nbsp;<strong>infr\u00e9quentable<\/strong><br>et&nbsp;<strong>irritant<\/strong>&nbsp;pour les uns \u2013 une<br>partie de ses textes reste interdite de publication \u2013,&nbsp;<strong>conteur<\/strong>&nbsp;et&nbsp;<strong>stylicien de<br>g\u00e9nie<\/strong>&nbsp;pour les autres, parfaitement repr\u00e9sentatif d\u2019une&nbsp;<strong>\u00e9poque irrationnelle, excessive et brutale<\/strong>,<br>C\u00e9line, surtout&nbsp;<strong>insaisissable<\/strong>, n\u2019a<br>pas fini d\u2019\u00eatre tour \u00e0 tour aim\u00e9 et ha\u00ef.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Lui, notre colonel, savait peut-\u00eatre pourquoi ces deux<br>gens-l\u00e0 tiraient, les Allemands aussi peut-\u00eatre qu\u2019ils savaient, mais moi,<br>vraiment, je ne savais pas. Aussi loin que je cherchais dans ma m\u00e9moire, je ne<br>leur avais rien fait aux Allemands. J\u2019avais toujours \u00e9t\u00e9 bien aimable et bien<br>poli avec eux. Je les connaissais un peu les Allemands, j\u2019avais m\u00eame \u00e9t\u00e9 \u00e0<br>l\u2019\u00e9cole chez eux, \u00e9tant petit, aux environs de Hanovre. J\u2019avais parl\u00e9 leur<br>langue. C\u2019\u00e9tait alors une masse de petits cr\u00e9tins gueulards avec des yeux p\u00e2les<br>et furtifs comme ceux des loups&nbsp;; on allait toucher ensemble les filles<br>apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole dans les bois d\u2019alentour, et on tirait aussi \u00e0 l\u2019arbal\u00e8te et au<br>pistolet qu\u2019on achetait m\u00eame quatre marks. On buvait de la bi\u00e8re sucr\u00e9e. Mais<br>de l\u00e0 \u00e0 nous tirer maintenant dans le coffret, sans m\u00eame venir nous parler<br>d\u2019abord et en plein milieu de la route, il y avait de la marge et m\u00eame un<br>ab\u00eeme. Trop de diff\u00e9rence.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis-Ferdinand C\u00e9line,&nbsp;<em>Voyage au bout de la nuit<\/em>, 1932<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Encore une journ\u00e9e de<br>perdue&nbsp;! Salie&nbsp;! g\u00e2ch\u00e9e&nbsp;! pervertie absolument&nbsp;! an\u00e9antie<br>en cafouillages&nbsp;!\u2026 En cr\u00e9tines angoisses&nbsp;!\u2026 C\u2019est que je puisse<br>me recueillir&nbsp;!\u2026 V\u00e9ritablement\u2026 Enfin&nbsp;! que je puisse m\u2019abstraire&nbsp;!\u2026<br>tu comprends&nbsp;?\u2026 La vie ext\u00e9rieure me ligote&nbsp;!\u2026 Elle me<br>grignote&nbsp;! Me diss\u00e9mine&nbsp;!\u2026 M\u2019\u00e9parpille&nbsp;!\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Souvent j\u2019en croise, \u00e0 pr\u00e9sent, des indign\u00e9s qui ram\u00e8nent\u2026<br>C\u2019est que des pauvres culs coinc\u00e9s\u2026 des petits potes, des rat\u00e9s jouisseurs\u2026<br>C\u2019est de la r\u00e9volte d\u2019enfifr\u00e9s\u2026 c\u2019est pas pay\u00e9, c\u2019est gratuit\u2026 Des vraies<br>godilles\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c7a vient de nulle<br>part\u2026 du Lyc\u00e9e peut-\u00eatre\u2026 C\u2019est de la parlouille, c\u2019est du vent. La vraie<br>haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans<br>d\u00e9fense. Alors celle-l\u00e0 qu\u2019on en cr\u00e8ve. Y en aura encore si profond qu\u2019il en<br>restera tout de m\u00eame partout. Il en jutera sur la terre assez pour qu\u2019elle<br>empoisonne, qu\u2019il pousse plus dessus que des vacheries, entre des morts, entre<br>les hommes.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis-Ferdinand C\u00e9line,&nbsp;<em>Mort \u00e0 cr\u00e9dit<\/em>, 1936<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Le malheur en tout ceci, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a pas de peuple, au<br>sens touchant o\u00f9 vous l\u2019entendez, il n\u2019y a que des exploiteurs et des<br>exploit\u00e9s, et chaque exploit\u00e9 ne demande qu\u2019\u00e0 devenir exploiteur. Le<br>prol\u00e9tariat h\u00e9ro\u00efque, \u00e9galitaire, n\u2019existe pas. C\u2019est un songe-creux, une<br>faribole, d\u2019o\u00f9 l\u2019inutilit\u00e9, la niaiserie \u00e9c\u0153urante de toutes ces imageries<br>imb\u00e9ciles, le prol\u00e9taire en cotte bleue, le h\u00e9ros de demain et le m\u00e9chant<br>capitaliste repu \u00e0 cha\u00eene d\u2019or. Ils sont aussi fumiers l\u2019un que l\u2019autre. Le<br>prol\u00e9taire est un bourgeois qui n\u2019a pas r\u00e9ussi. Rien de plus, rien de<br>moins.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Louis-Ferdinand C\u00e9line,<br>Lettre \u00e0 \u00c9lire Faure, juillet 1935<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes notes de lecture personnelles sur Voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand C\u00e9line. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-40","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notes-de-lecture"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=40"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":42,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/40\/revisions\/42"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=40"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=40"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dark-rider.fr\/wp1\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=40"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}